Projet sur le site de l'ancien collège Marianopolis
Fini les compromis pour le mont Royal
Montréal, le 4 mai 2009
Lettre d’opinion – Les amis de la montagne
Fini les compromis pour le mont Royal : projet sur le site de l'ancien collège Marianopolis
Après plus de 20 ans de travail inlassable de la part des citoyens et associations tel Les amis de la montagne pour obtenir une véritable protection du mont Royal, la Ville de Montréal a finalement annoncé la réalisation du Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal, lequel a été adopté par le Conseil municipal la semaine dernière. A cette occasion, la Ville a statué que « jamais dans son histoire, le mont Royal n’a été si bien protégé ».
Ce soir, les citoyens sont invités à participer à la première de trois soirées de consultations publiques quant au vaste projet résidentiel sur le site de l’ancien collège Marianopolis, un site exceptionnel dans l’Arrondissement historique et naturel du Mont-Royal. Le projet déroge au Plan d’urbanisme de la Ville de Montréal et au règlement de protection de la montagne en matière d’usage, de densité, de hauteur, de volume, l’implantation admissible sur le site ainsi que la protection adéquate de la végétation.
Les citoyens sont soumis à un échéancier extrêmement serré pour commenter et faire valoir leurs points de vue dans le cadre d’une procédure sur un projet de plusieurs millions qui, en apparence, semble avoir reçu l’accord des instances municipales et gouvernementales.
La contradiction entre nos élus gouvernementaux et municipaux qui créent un plan de protection et de mise en valeur pour le mont Royal et qui décident de mener un projet plus que surdimensionné, voire totalement inacceptable, jusqu’en consultations publiques est inouïe; mais elle illustre tristement la faiblesse de nos élus gouvernementaux et municipaux quand vient le temps de prendre la bonne décision.
Cet abîme dramatique qui sépare la politique et sa pratique fait injure aux citoyens et à la démocratie véritable. Or, plutôt que de débattre de l’enjeu sur le fond, nous en sommes réduits à ergoter sur les détails. Comme citoyens, il ne nous reste qu’à défendre la montagne contre cette ambivalence politique et à ne gagner rien de plus que le titre d’antagonistes ou pire encore d’ « immobilistes » ou de ceux qui résistent au changement pour le seul plaisir de résister.
Il y a longtemps que le ministère de la culture et les instances municipales font preuve de mauvaise volonté à l’égard de leurs politiques et des directives réglementaires comme on l’a vue tout au long du processus des projets qu’ils n’ont pas défendus. Cet « immobilisme » politique n’est plus acceptable : le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal devait annoncer une nouvelle ère pour la montagne et notre communauté.
Ainsi, les amis de la montagne et la communauté vont devoir décortiquer les documents et les plans durant les semaines que dureront le processus de consultation. Tente-t’on de nous faire croire que notre seule réaction possible est de défier les composantes du projet plutôt que le projet lui-même?
Une large part de deniers publics a servi à commenter et à donner forme au projet proposé qui, dans le contexte de cette dynamique, semble rencontrer les conclusions des diverses études demandées. Toutefois, le projet ne respecte ni le zonage actuel du site, ni l’idée initiale, encore moins son essence même, pas plus qu’il ne répond au désir de la communauté de respecter les limites de la montagne.
Ce projet, inapproprié, ne fait, par ailleurs, pas honneur au site de l’ancien collège Marianopolis et il rappelle le triste épisode du projet de « La Ferme sous les noyers » de 1999, cette très belle propriété sur le flanc sud du mont Royal, située à l’angle des rues Atwater et Saint-Sulpice, avec un bâtiment en pierres grises au milieu d’un grand jardin en cascades qui épousait la topographie de la montagne et que l’on découvrait seulement en pénétrant sur la propriété … un peu comme un trésor caché au cœur de la ville.
On y a réalisé un projet résidentiel intense et brutal sans respecter le caractère historique du site au point où, en 2003, il a été retiré de l’aire protégée du mont Royal lorsque le Gouvernement du Québec en a réévalué les limites. Et c’est désormais une plaque posée sur le bâtiment de pierres qui nous rappelle que, jadis, cette propriété faisait partie du Domaine des Sulpiciens, les Seigneurs de l’Ile !
Un goût amer de « déjà vu » refait donc surface avec ce projet proposé, d’autant qu’il s’agit du dernier grand ensemble institutionnel encore intact du domaine des Sulpiciens dans l’arrondissement historique et naturel du Mont-Royal.
Les instances municipales trancheront après avoir reçu les opinions du public et l’avis de l’Office de consultation publique de Montréal et c’est ce qui sera, ou non, endossé par le ministère de la Culture selon les termes du décret qui régit en partie la montagne. Si un nombre suffisant de représentants de la communauté transmet par écrit ou en personne son avis à la Ville de Montréal et au ministère de la Culture, nous arriverons peut-être à rassembler suffisamment de force pour mettre un terme à ce malheureux épisode de décisions qui concernent la montagne.
Le Plan de protection et de mise en valeur du Mont-Royal est pourtant un effort mené par la communauté et que nos élus semblent avoir endossé la semaine dernière. Qu’est-ce qui nous empêche donc de nous assurer, une fois pour toute, de la protection cohérente, efficace et sans équivoque du mont Royal et ce, quelques soient les moyens pour y arriver?
Peter A. Howlett, C.M.
Président
Les amis de la montagne