Le Plan d’urbanisme et de mobilité (PUM) de Montréal a été adopté en juin 2025, au terme d’un processus auquel Les Amis de la montagne ont activement contribué. Notre organisme a suivi ce dossier de près au cours des dernières années et déposé deux mémoires : l’un sur le Projet de Ville (en octobre 2022) ; l’autre sur le projet de PUM 2050, pour lequel nous avons formulé 16 recommandations précises (en septembre 2024). Le plan étant officiellement en vigueur, le temps est venu de faire le point sur sa mise en œuvre et sur les conditions nécessaires pour que ses orientations se concrétisent sur le terrain.
Des avancées à souligner
Organisme de conservation, de préservation et de mise en valeur réputé pour son expertise en ce qui concerne le patrimoine historique, paysager et naturel du mont Royal, Les Amis de la montagne saluent la reconnaissance du mont Royal comme territoire emblématique de Montréal. Le PUM maintient également le principe de la prédominance de la montagne dans le paysage montréalais, pour qu'elle demeure visible et dominante dans le paysage de la ville, plutôt que d'être progressivement cachée par des constructions. Les Amis ont apprécié les efforts de la Ville pour définir de nouveaux outils afin de protéger les vues vers et depuis la montagne, tout en accordant une plus grande place aux enjeux de biodiversité, d'accessibilité et de mobilité. Ce sont des gains réels, que nous accueillons positivement.
L’ambition de réussite du PUM dépend désormais de sa mise en œuvre
Si les principes mis de l’avant dans le PUM constituent des avancées intéressantes, il faudra faire preuve de vigilance afin de s'assurer qu’il sera mis en œuvre d’une façon cohérente, mesurable et harmonisée entre les différents services de la Ville, des arrondissements et de l'écosystème des partenaires concerné·es.
Le plan d'urbanisme suscite donc des attentes considérables en ce qui concerne sa mise en application.
Le PUM permet des constructions en hauteur pouvant atteindre 232,5 mètres dans le massif du centre-ville. Or, construire des bâtiments qui atteindront la même hauteur que le sommet le plus élevé de la montagne, c'est prendre le risque d’affaiblir progressivement sa prédominance dans le paysage montréalais. La multiplication de telles tours risque de créer des barrières dans le champ visuel continu entre la montagne et le fleuve. Ainsi, le principe de prédominance de la montagne, pourtant reconnu dans le PUM, s’en trouve fragilisé. La montagne est aussi partagée entre quatre arrondissements et la Ville de Westmount, dont les cadres réglementaires diffèrent. Ces territoires comprennent également des secteurs patrimoniaux de grande importance, reconnus dans le PUM, mais qui ne sont pas désignés selon les statuts de la Loi sur le patrimoine culturel. Sans mécanismes clairs d’harmonisation et de suivi, il importe de s’assurer que les règlements s’appliquant à la montagne seront utilisés pour assurer sa protection.
Rappel des principaux leviers de mise en œuvre, ce que nous demandons concrètement
Les Amis demandent à la Ville de s’assurer de recourir à des mécanismes et des outils de suivi adaptés à une mise en œuvre ambitieuse du PUM 2050.
Plusieurs outils sont nécessaires pour que le PUM atteigne les objectifs défendus :
- Protéger le paysage et le patrimoine du mont Royal comme territoire emblématique :
- Étendre la reconnaissance du territoire emblématique à l’assise géologique du mont Royal ;
- Établir une zone tampon autour du site patrimonial afin de mieux encadrer la densification, y compris les aménagements et les constructions (même accessoires) susceptibles de menacer le patrimoine naturel et culturel de la montagne ;
- Reconnaître la notion de capacité limite, développée à l’origine pour limiter les constructions sur la montagne, et la décliner à l’ensemble du paysage et de ses composantes naturelles, dans le site patrimonial du Mont-Royal (SPMR) comme dans l’ensemble topographique de la montagne et les quartiers avoisinants ;
- Réviser la liste et la typologie des corridors visuels protégés et définir une vision d’ensemble des corridors visuels, applicable aux arrondissements, en y intégrant des définitions et règles communes ;
- Clarifier le régime réglementaire distinguant les corridors visuels dits intéressants et ceux identifiés comme exceptionnels ;
- Assurer un régime de protection équivalent pour les corridors visuels perceptibles depuis les parcs des arrondissements, les rues et les autres lieux de vie bénéficiant d’un régime de protection équivalent à ceux des lieux plus fréquentés, conformément au principe d’équité territoriale inscrit expressément dans le PUM 2050.
- Préserver les écosystèmes et la biodiversité du mont Royal
- Reconnaître la capacité limite des milieux naturels à subir des pressions et instaurer des mesures de protection de ces milieux à l’échelle du réseau écologique du mont Royal ;
- Consolider le réseau de corridors verts et le relier au réseau écologique du mont Royal en insistant sur la place de la montagne et son rôle au sein du paysage urbain montréalais, tout en renforçant la connectivité avec les Montérégiennes ;
- S’appuyer sur un portrait régulièrement actualisé de l’état de santé du réseau écologique dans son ensemble, afin d’assurer une gestion cohérente et harmonisée des milieux naturels.
- Assurer une vision de mobilité et d’accessibilité intégrée, attentive à l’équité territoriale
- Poursuivre le travail avec la Table de concertation du Mont-Royal (TCMR) en ce qui a trait à la vision d’accessibilité, en menant une réflexion sur l’intégration des infrastructures de mobilité collective et active au réseau préexistant ;
- Poursuivre la planification du chemin Camillien-Houde en veillant à ce que le principe d’équité territoriale guide les aménagements et les options de mobilité retenues ;
- Assurer des solutions équitables de transport collectif pour l’Est et l’Ouest de la montagne ;
- Arrimer la montagne aux projets de développement du réseau de transports collectifs annoncés (le tramway, par exemple).
- Se doter d’une gouvernance harmonisée et transparente
- Mettre en place un registre public des projets réalisés dans le SPMR et sur ses flancs, indiquant notamment les hauteurs, les dérogations accordées, les mesures de mitigation et, lorsque cela est pertinent, les avis des comités consultatifs d’urbanisme (CCU), afin de permettre un suivi transparent de l’évolution du territoire ;
- Implanter des mécanismes permanents d’harmonisation entre la Ville de Montréal, les quatre arrondissements limitrophes et la Ville de Westmount, fondés sur une vision commune des principes, des règles de protection et de mise en valeur de la montagne, et clarifiant les rôles et responsabilités de chacune et chacun ;
- Renforcer et clarifier les rôles du Bureau du Mont-Royal (BMR) et du Conseil du patrimoine de Montréal dans la gouvernance et la protection du SPMR, rôles qui doivent être centraux pour que se concrétise cette harmonisation.
Un cas d’actualité qui démontre déjà pourquoi les outils demandés sont nécessaires
Pour Les Amis, l’annonce récente de la mise en vente du domaine de Villa Maria illustre concrètement l’importance de disposer rapidement de mécanismes rigoureux de mise en œuvre du PUM. De plus, il montre les limites d’une approche fondée uniquement sur le cadre actuel du SPMR. Ces limites administratives dépassent la simple question technique, le cas de Villa Maria le démontre de façon éloquente.
La récente mise en vente de ce domaine illustre ce qui peut arriver lorsqu'un ensemble patrimonial et paysager, pourtant intimement lié au mont Royal, se trouve à l'extérieur des limites actuelles du SPMR. Cet ensemble institutionnel s’inscrit parfaitement dans le paysage du mont Royal : il en partage l’assise géologique, contribue à son paysage culturel et naturel, en plus de porter l’une de ses vocations : le savoir. Son avenir rappelle l’importance de reconnaître l’ensemble topographique du mont Royal, de renforcer la protection d’espaces verts en milieu urbain et d’assurer, avec vigilance, la préservation du patrimoine bâti et naturel au-delà des seules limites administratives actuelles.
Villa Maria compte plusieurs bâtiments patrimoniaux. Des mécanismes devraient donc s’appliquer urgemment avant que des dégâts irréversibles ne les mettent à l’épreuve.
L’adoption du PUM 2050 constitue une avancée importante et établit des orientations significatives pour la protection du mont Royal. La portée de celles-ci dépendra toutefois des règlements, des mécanismes de gouvernance et des outils de suivi qui permettront de les appliquer. Les Amis demandent donc à la Ville de se doter d’un plan de mise en œuvre clair, assorti d’échéanciers, de responsabilités définies, d’indicateurs mesurables et d’un calendrier de réalisation, ainsi que de mécanismes publics de reddition de compte, afin de protéger durablement l’ensemble du paysage du mont Royal. Les décisions prises dès maintenant détermineront si la reconnaissance de la montagne comme territoire emblématique se traduira concrètement dans l’aménagement de Montréal.
